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Zones de puissance en cyclisme : le guide complet

Zones Coggan, zones en % de PMA, lactate, puissance critique : pourquoi un pourcentage fixe te range au mauvais endroit, et comment construire des zones ancrées sur tes vrais seuils.

Zones de puissance en cyclisme : le guide complet
18 octobre 202618 min de lecture

Ce qu'il faut retenir. Une zone de puissance décrit un état physiologique ; les watts ne donnent que l'adresse de cet état, chez toi, aujourd'hui. Les grilles en pourcentage (Coggan en % du FTP, Pinot en % de la PMA) sont des moyennes de groupe : sur 100 personnes, le premier seuil tombait entre 23 et 57 % de la puissance de pic (Iannetta, 2020). Deux frontières comptent vraiment : la puissance critique, gratuite, sur trois efforts à fond sur tes routes, et LT1, qui se mesure au lactate. Ne cale jamais une séance pile sur la CP. Le SV2 d'un test d'effort tombe en moyenne 21 % plus haut qu'elle (Galán-Rioja, 2020). La CP te donne en bonus W′, ta réserve au-dessus. Et tes zones sont mesurées frais : après 2 h 30 d'efforts durs, des pros perdaient près de 16 % sur 12 minutes (Leo, 2022).

Tu as un capteur. Tu as un chiffre, ton FTP. Ton application a fait le reste : sept zones, sept couleurs, au watt près.

Et pourtant, ta « zone 2 » du dimanche te laisse cramé le lundi. Ton « seuil » tient 12 minutes au lieu de 40. Et tes intervalles en côte ne ressemblent jamais à ceux du home-trainer.

Je vois ça toutes les semaines. Et neuf fois sur dix, tes jambes vont très bien : c'est la façon dont tes zones ont été posées qui coince.

Ce guide reprend tout : ce qu'est une zone, d'où sortent les pourcentages qu'on te donne, pourquoi ils te rangent parfois au mauvais endroit, et comment on obtient des zones précises en les accrochant à trois mesures : ta puissance critique (gratuite, sur tes routes), ta PMA et ton premier seuil lactique.

Une zone, c'est quoi au juste ?

On te présente les zones comme des tranches de watts. Ça, c'est la conséquence. La définition est ailleurs.

Quand l'intensité monte, ton corps ne réagit pas en ligne droite. Il passe par trois domaines où la réponse change de nature.

Le domaine modéré. Sous le premier seuil (LT1). Le lactate reste proche du repos, la consommation d'oxygène se stabilise en quelques minutes. Tu tiens des heures.

Le domaine lourd. Entre LT1 et la puissance critique. Le lactate monte, puis se stabilise plus haut. La consommation d'oxygène finit aussi par se stabiliser, mais plus lentement. Tu tiens longtemps, pas indéfiniment.

Le domaine sévère. Au-dessus de la puissance critique. Plus rien ne se stabilise : l'oxygène grimpe jusqu'à ton maximum, le lactate continue de monter, et l'effort s'arrête quand ta réserve est vide. C'est la description qu'en font Jones et ses collègues dans Physiological Reports (2019).

Trois domaines, deux frontières. Toutes les grilles à 5, 6 ou 7 zones ne font que redécouper ces trois étages.

Retiens surtout ça : une zone ne vaut que si elle reste du bon côté d'une frontière. Une « zone 2 » qui déborde au-dessus de ton LT1, c'est du domaine lourd déguisé en endurance. La fatigue du lundi vient souvent de là.

Les deux grandes grilles, et d'où elles sortent

Les zones de Coggan, en % du FTP

C'est la grille que ton application utilise probablement. Elle vient d'Andrew Coggan et du livre qu'il a écrit avec Hunter Allen, Training and Racing with a Power Meter.

ZoneNom% du FTP
1Récupération active< 55 %
2Endurance56 à 75 %
3Tempo76 à 90 %
4Seuil91 à 105 %
5VO₂max106 à 120 %
6Capacité anaérobie121 à 150 %
7Neuromusculaire> 150 %

Je ne la jette pas. Sa force : un seul chiffre à connaître, le FTP, que tout le monde peut estimer avec un test de 20 minutes. Sa faiblesse : tout repose sur ce seul chiffre. S'il est décalé, les sept zones le sont avec lui.

Les zones en % de PMA : l'approche de Pinot et Grappe

Moins connue du grand public, beaucoup plus intéressante pour comprendre ce qu'on fait.

Julien Pinot et Frédéric Grappe ont suivi 28 coureurs de haut niveau (15 professionnels de l'équipe FDJ, 13 élites) pendant deux saisons, entraînements et courses, capteur SRM sur chaque vélo. Pour chacun, ils ont relevé les meilleures puissances produites sur une vingtaine de durées, de 1 seconde à 4 heures : le profil de puissance record (PPR).

Ce qu'ils en ont tiré :

  • la PMA (puissance maximale aérobie) moyenne du groupe : 456 W, soit 6,87 W/kg ;
  • le temps de maintien de cette PMA : 4 min 08 s en moyenne, de 3 min à 5 min 30 selon les coureurs ;
  • six zones exprimées en pourcentage de cette PMA.
ZoneCe qu'elle travaille% de la PMA
1Intensité légère< 60 %
2Intensité modérée, endurance longue60 à 75 %
3Intensité soutenue (cols, chronos longs)75 à 85 %
4Sévère, partie basse : le potentiel aérobie maximal85 à 100 %
5Sévère, partie haute : efforts de 30 s à 4-5 min100 à 190 %
6Force-vitesse, l'explosivité190 à 320 %

Source : Pinot & Grappe, Journal of Science and Cycling, 2014 ; Pinot, thèse de doctorat, Université de Franche-Comté.

Les six zones de Pinot et Grappe, calculées pour une PMA de 350 W

Les six zones de Pinot et Grappe, calculées pour une PMA de 350 W. (Exemple de calcul.)

D'où sortent ces pourcentages : la durée

C'est le détail qui change tout. Dans les données de Pinot et Grappe, chaque borne correspond à une durée d'effort maximal :

  • 85 % de la PMA, c'est à peu près ce que ces coureurs tenaient à fond sur 20 minutes ;
  • 75 %, entre leur record sur 30 minutes et celui sur 1 heure ;
  • 60 %, leur record sur 4 heures.

(Calcul fait à partir de leur tableau de records moyens : 382 W sur 20 min, 360 W sur 30 min, 329 W sur 1 h, 272 W sur 4 h, pour une PMA de 456 W. Soit 84, 79, 72 et 60 %.)

Chaque frontière de zone correspond à une durée tenue à fond

Chaque frontière de zone correspond à une durée tenue à fond. (Valeurs moyennes du groupe de Pinot et Grappe, 2014.)

Attention à un piège de vocabulaire : la « zone 2, intensité modérée » de Pinot n'est pas le « domaine modéré » des physiologistes. C'est une étiquette de grille, calée sur des pros. Chez un amateur, on va le voir, elle peut se trouver entièrement au-dessus de LT1.

Le problème : un pourcentage, c'est une moyenne

Même dans le groupe de Pinot et Grappe, très homogène, la pente varie. Leur indice d'endurance aérobie, la vitesse à laquelle la puissance chute quand l'effort s'allonge, allait de −8,3 à −11,3 selon les coureurs. Deux coureurs de même PMA ne perdent pas leurs watts au même rythme.

Sur des groupes plus larges, l'écart devient énorme, et trois études le montrent avec trois repères différents :

ÉtudeQuiConsigne fixeCe qu'on mesure en vrai
Meyer et al., 199936 cyclistes et triathlètes entraînés85 % de la FC maxlactate de 1,25 à 4,93 mmol/L, soit de 87 à 116 % du seuil individuel
Scharhag-Rosenberger et al., 201021 hommes, 60 min d'effort75 % du VO₂maxlactate de 2,2 à 8,0 mmol/L
Iannetta et al., 2020100 personnes (46 femmes, 54 hommes)% de la puissance de picLT1 entre 23 et 57 %, état stable maximal du lactate entre 44 et 71 %

(Chez Iannetta, la puissance de pic vient d'un test rampe, pas d'une PMA tenue 4 minutes : les pourcentages ne se transposent pas tels quels à la grille de Pinot. L'écart d'une personne à l'autre, lui, se transpose.)

Traduction : avec la même consigne, une personne roule sous son seuil pendant que sa voisine est déjà au-dessus. Iannetta conclut que les pourcentages fixes « collent mal » aux domaines d'intensité. La revue de Jamnick et ses collègues (Sports Medicine, 2020) va plus loin : prescrire en pourcentage d'une valeur maximale a « peu de mérite » pour obtenir une réponse physiologique précise. Les repères qui tiennent, selon eux : LT1 (ou le premier seuil ventilatoire) pour la frontière modéré/lourd, et la puissance critique pour la frontière lourd/sévère.

C'est exactement ce qu'on va faire.

Et le FTP, dans tout ça ?

Le FTP vise la frontière lourd/sévère à partir d'un test de 20 minutes multiplié par 0,95. L'idée est bonne. L'application l'est moins.

La lecture favorable. Borszcz et ses collègues (International Journal of Sports Physiology and Performance, 2019), 15 cyclistes entraînés : en moyenne, le FTP ne s'écartait que de 1,4 % de l'état stable maximal du lactate (MLSS). Mais d'un cycliste à l'autre, l'écart pouvait atteindre ± 9,2 %. Sur un FTP de 280 W, ta vraie frontière peut se trouver entre environ 254 et 306 W. (Calcul : 280 × 9,2 % ≈ 26 W.)

La lecture défavorable. Inglis et ses collègues (même revue, 2020), 18 personnes bien entraînées : le MLSS tombait en moyenne à 93 % du FTP (± 5 %). Et sur les 10 retestés après 7 mois d'entraînement, le MLSS avait gagné 12 W quand le FTP n'avait pas bougé de façon mesurable.

Le FTP est une bonne porte d'entrée pour un groupe, un instrument imprécis pour un individu. C'est pour ça que je n'applique jamais le 0,95 les yeux fermés : selon que tu es diesel ou puncheur, ton 20 minutes ne surestime pas ton seuil de la même quantité.

Tous les « seuils » ne sont pas la puissance critique

La puissance critique (CP), c'est la plus haute puissance à laquelle ton corps peut encore se stabiliser. Juste en dessous, tout finit par se stabiliser. Juste au-dessus, plus rien, et le chrono tourne. Jones et ses collègues (2019) défendent qu'elle est le meilleur marqueur de cette frontière, mieux que le MLSS : on mesure le MLSS par marches de 10 à 30 W, donc on le place toujours un peu trop bas. Et à la CP, on tient en général 15 à 40 minutes, pas une heure.

Reste à savoir où tombent les autres « seuils » qu'on te donne.

Pour savoir à quel point les différents seuils diffèrent, la meilleure source est une méta-analyse : Galán-Rioja et ses collègues (Sports Medicine, 2020), qui ont regroupé 9 études et 104 participants. Tous ces seuils sont bien corrélés à la CP (r ≈ 0,76 à 0,80, sauf le deuxième seuil ventilatoire, sans lien significatif). Mais corrélé ne veut pas dire égal. En moyenne, dans les études analysées, la CP était :

  • environ 30 % au-dessus du premier seuil ventilatoire (SV1, l'équivalent ventilatoire de LT1) ;
  • environ 11 % au-dessus du MLSS ;
  • environ 6 % en dessous du point de compensation respiratoire (PCR) ;
  • environ 21 % en dessous du deuxième seuil ventilatoire (SV2).

Et d'une personne à l'autre, la variabilité atteint 16 à 22 %. Les auteurs concluent qu'on ne mesure pas la même chose.

Où tombent les « seuils » par rapport à la puissance critique

Où tombent les « seuils » par rapport à la puissance critique. (Écarts moyens, Galán-Rioja et al., 2020.)

⚠️ Ton SV2 de test d'effort n'est pas ton seuil. Beaucoup de cyclistes ont passé une épreuve d'effort avec masque, en labo ou chez un médecin du sport, et calent leur zone seuil sur le SV2 qu'on leur a donné. Selon cette méta-analyse, la CP se trouve en moyenne 21 % plus bas. Avec un SV2 à 320 W, ta CP tournerait plutôt autour de 250 W (320 × 0,79, ordre de grandeur, pas une conversion individuelle). Des intervalles « au seuil » calés sur ton SV2, c'est du domaine sévère.

Limite de cette source, que je préfère te dire : 9 études seulement, des participants de 20 à 32 ans, surtout récréatifs ou non entraînés, 19 femmes sur 104, et aucune mesure de reproductibilité. Rien sur les élites ni sur les plus de 40 ans. Le sens de l'écart est solide, son ampleur exacte chez toi ne l'est pas.

Retiens deux choses : ton « seuil » au sens strict tient rarement une heure, et LT2, le MLSS, le SV2 et la CP ne sont pas quatre noms du même chiffre.

La méthode en deux étapes

Pour des zones précises, il faut mesurer les deux frontières. Je le fais dans cet ordre, du moins cher au plus précis.

Étape 1 : la puissance critique, sur tes routes. Si tu as un capteur, elle ne coûte rien : 3, 5 et 12 minutes à fond, idéalement un effort par jour, sur tes routes d'entraînement habituelles. Trois points, une droite : la pente est ta CP, et tu gagnes en plus W′, ta réserve au-dessus, et une estimation de ta PMA. Elle te donne même un premier repère pour la zone 2 : autour de 77 % de ta CP, d'après l'écart moyen entre SV1 et CP de la méta-analyse (une moyenne de groupe, à vérifier).

(Le protocole 3/5/12 en détail est dans mon guide gratuit : → Le guide 3/5/12. L'article complet sur la puissance critique arrive le 3 novembre.)

Étape 2 : le test lactate, pour le bas. Il place LT1, le plafond de ta zone 2, au watt près. C'est la frontière que tu franchis le plus d'heures par semaine, et le seul test de cette méthode qui a un coût. Son résultat dépend du protocole : il n'a de valeur que refait à l'identique.

(Le test lactate en détail : → Le test au lactate : pourquoi les zones calculées mentent)

🧮 Calcule les tiennes : fais le test 3/5/12 sur tes routes, le protocole est dans le guide gratuit. Le calculateur en ligne arrive début novembre.

Quel test pour tes zones ?

C'est la question qu'on me pose le plus. Voilà les cinq tests que tu croiseras, ce qu'ils coûtent et ce qu'ils valent pour poser des zones.

TestCoûtCe qu'il donneSa limite pour tes zonesPour qui
FTP 20 min0 € avec un capteurun FTPen moyenne proche du seuil, mais jusqu'à ± 9 % d'écart individuel (Borszcz, 2019) ; peut ne pas suivre ta progression (Inglis, 2020)pour démarrer
Rampe sur home-trainer0 €une estimation de FTP par l'applicationle résultat dépend du protocole de la rampe (Pinot & Grappe, 2014 ; Bouillod, 2017), et le FTP affiché est un coefficient propre à l'applicationpour suivre ta forme au home-trainer, pas pour poser des zones
3 / 5 / 12 min0 € avec un capteurCP, W′, PMA estiméeefforts courts : la CP peut sortir un peu haute (Galán-Rioja, 2020) ; W′ moins fiable que la CP (Muniz-Pumares, 2019)tout cycliste avec un capteur
Test lactatedès 110 € chez moiLT1 au watt près, LT2dépend du protocole (Beneke, 2003 ; Jamnick, 2018)qui veut une zone 2 exacte
Épreuve d'effort en laboselon le centreSV1, SV2, VO₂maxle SV2 tombe en moyenne au-dessus de la CP (Galán-Rioja, 2020) ; SV1 reste un bon repère du bassuivi médical, VO₂max

Cinq tests, un choix

Cinq tests, un choix. En rouge : la méthode de ce guide.

Mon conseil : commence par le 3/5/12, c'est gratuit et c'est lui qui place le haut. Ajoute le test lactate quand tu veux une zone 2 au watt près.

Les zones ancrées : la grille que j'utilise

Une fois les mesures en main (CP et W′ sur 3, 5 et 12 minutes, PMA estimée par le 5 minutes, LT1 au lactate), les zones ne sont plus des pourcentages d'un seul chiffre. Chaque frontière importante est mesurée. Seules les bornes intermédiaires restent des choix de coach, et je les signale comme tels.

Exemple pour un athlète fictif : LT1 = 205 W, CP = 267 W, W′ = 24 kJ, PMA ≈ 350 W (son 5 minutes : 347 W).

Premier réflexe : vérifier que les chiffres se tiennent. Ici, la CP est 30 % au-dessus de LT1 (267 ÷ 205 = 1,30), exactement l'écart moyen entre SV1 et CP de la méta-analyse. Si ton écart est très différent, je revérifierais un des deux tests avant de tout recalculer.

Deuxième réflexe : ne jamais caler une séance pile sur la CP. Galán-Rioja et ses collègues l'écrivent noir sur blanc : avec l'erreur de mesure, prescrire un effort exactement à la CP met en moyenne une personne sur deux au-dessus, dans le sévère. D'où une bande d'incertitude autour de la CP, où je ne cale aucun intervalle.

ZoneDomaineBornePour cet athlèteCe qu'on y fait
1 Récupérationmodérésous ~85 % de LT1 (choix de coach)< 175 Wrouler sans coût
2 Endurancemodéréjusqu'à LT1 (mesuré)175 à 205 Wle volume, des heures
3 Tempolourd, basde LT1 à ~90 % de la CP (choix)205 à 240 Wlongs blocs, à doser
4 Seuillourd, hautde ~90 à ~95 % de la CP (choix)240 à 254 W2 × 20, 3 × 15 min
bande d'incertitudefrontièreCP ± 5 % (choix, d'après l'erreur de mesure)254 à 280 Won n'y cale rien
5 PMAsévèrede ~105 % de la CP à la PMA280 à 350 W3 à 8 min, durée pilotée par W′
6 Anaérobiesévère, hautde 100 à 190 % de la PMA (Pinot)350 à 665 W30 s à 2 min
7 Force-vitesseextrêmeau-delà de 190 % de la PMA (Pinot)> 665 Wsprints, départs arrêtés

Trois frontières mesurées, sept zones

Trois frontières mesurées, des zones qui en découlent. (Athlète fictif, exemple de calcul.)

Compare avec les grilles en pourcentage, pour le même athlète :

  • la grille de Pinot (% de la PMA) fait commencer sa zone 2 à 210 W. Pour cet athlète, toute cette zone 2 est au-dessus de son LT1, donc dans le domaine lourd ;
  • la grille de Coggan : avec CP = 267 W et W′ = 24 kJ, son meilleur 20 minutes à fond tournerait autour de 287 W (267 + 24 000 ÷ 1 200 s ; on sort de la zone de validité du modèle, donc ordre de grandeur), d'où un FTP ≈ 273 W. Sa zone 2 monte alors à 205 W : ici, ça tombe pile sur LT1. Mais sa zone 4 va jusqu'à 287 W, 20 W au-dessus de la CP et au-delà de la bande d'incertitude. Et un « 2 × 20 à 105 % du FTP », fais le calcul : 0,95 × 1,05 ≈ 1,00. C'est deux fois ton test de 20 minutes à fond, avec une récup entre les deux. Sur le papier, c'est une séance au seuil.

Ni Pinot ni Coggan n'ont tort sur leur groupe. Elles ont tort sur cet athlète-là, et c'est tout le sujet.

Le terrain change tes watts

Les grilles ne le disent jamais. Bouillod, Pinot, Grappe et leurs collègues (International Journal of Sports Physiology and Performance, 2017) ont fait rouler 16 cyclistes à fond pendant 4 minutes sur home-trainer, sur le plat et en montée à 8 % :

  • en montée, +8 % de puissance par rapport au home-trainer ;
  • en montée, +11 % par rapport au plat ;
  • la cadence était la plus haute sur home-trainer, la plus basse en montée.

L'explication la plus probable tient à ce qui freine le vélo : l'air sur le plat, la gravité en montée, le volant d'inertie sur home-trainer. Chaque situation change la façon dont la force passe dans la pédale.

Pour toi : des zones mesurées en côte seront trop hautes pour tes séances au home-trainer, et l'inverse. Si l'écart moyen s'appliquait à toi, une PMA de 350 W sur le plat deviendrait environ 388 W en côte. C'est une moyenne sur 16 personnes, pas une loi. La règle qui en sort : teste sur le terrain où tu t'entraînes, ou garde deux jeux de zones, un dehors, un dedans.

Tes zones sont mesurées frais

Dernier piège, et pas le moindre. Tous tes tests se font reposé. Tes courses, non.

Leo et ses collègues (German Journal of Exercise and Sport Research, 2022) ont mesuré 9 coureurs d'une équipe professionnelle sur un effort de 12 minutes en côte, frais, puis après 2 h 30 de vélo. Après 2 h 30 à intensité modérée, la puissance sur 12 min baissait d'environ 2 %. Après 2 h 30 d'efforts intermittents durs, d'environ 16 %.

C'est une étude pilote, sur 9 coureurs, avec une incohérence de chiffres entre son résumé et ses résultats. Mais le sens est net : en fin de sortie dure, ta zone 4 « fraîche » peut déjà te mettre dans le sévère. Sur une séance clé placée en fin de sortie longue, je baisse les cibles, ou je me fie à la sensation et à la fréquence cardiaque plutôt qu'au chiffre.

La chaleur joue dans le même sens : à 35 °C, la fréquence cardiaque de 10 cyclistes entraînés a grimpé de 11 % entre la 15ᵉ et la 45ᵉ minute à puissance constante, contre 2 % à 22 °C (Wingo et al., 2008).

Faire vivre tes zones

Teste deux à trois fois par an, avec le même protocole, sur le même terrain. Entre deux tests, on surveille, on ne recalcule pas.

Laisse tes records bouger tes zones. C'est la leçon du profil de puissance record : dans l'équipe FDJ, les zones s'ajustaient au fil des meilleures puissances battues à l'entraînement et en course. Note tes records sur 5, 20 et 60 minutes de la saison. Quand l'un monte nettement, la zone qu'il borne monte avec. Avec une nuance que Pinot écrit lui-même : un record n'est pas forcément ton maximum. Un record faible sur 20 minutes peut juste vouloir dire que tu n'as jamais roulé 20 minutes à fond cette année.

Sers-toi des zones pour décider. Trois questions sur chaque séance :

  • est-ce que l'endurance reste sous LT1, du début à la fin ?
  • est-ce que le travail au seuil reste franchement sous la CP, donc tenable et répétable ?
  • est-ce que les intervalles durs vident une part de W′ que tu as choisie ?

Ma position sur la zone 3, et c'est un avis de coach, pas un résultat d'étude : je ne la supprime pas, elle a sa place dans les blocs spécifiques. Mais quand elle arrive par défaut, parce qu'on roule à la sensation un peu trop vite, elle coûte de la fatigue sans avoir été choisie. Le débat polarisé contre pyramidal n'est pas tranché, et je ne vais pas faire semblant qu'il l'est.

Ce que tu y gagnes

Tu arrêtes de faire tes sorties faciles 20 watts trop haut. C'est la première chose qui change, et la plus rentable.

Tu sais combien de temps tu tiens un effort avant de le commencer. W′ transforme « je vais essayer » en « j'ai 7 minutes à 320 W ».

Et tu as trois chiffres qui se comparent d'un test à l'autre. Si LT1 monte et que la CP ne bouge pas, tu as gagné en endurance, pas au seuil. Et du coup, la suite ne se travaille pas pareil.

FAQ

Combien de zones faut-il ? Le nombre importe peu. Ce qui compte, c'est que deux frontières soient mesurées : LT1 et la puissance critique. Le reste est du découpage.

C'est quoi la zone 2 en watts ? Tout ce qui est sous ton LT1. Le test lactate le place au watt près. En attendant, prends environ 77 % de ta puissance critique comme point de départ (moyenne de groupe, à vérifier), et garde la consigne de terrain : tu dois pouvoir parler en phrases complètes.

La zone 2, c'est l'intensité qui fait le plus progresser ? Pas à temps égal. Une revue de 2025 conclut qu'elle n'est pas l'intensité optimale pour développer tes mitochondries ou ta capacité à oxyder les graisses, et que l'engouement repose surtout sur l'observation des pros, qui roulent beaucoup d'heures (Storoschuk et al., 2025). Dans un essai sur 32 adultes obèses non entraînés, trois mois de fractionné ont fait monter la VO₂peak de 16 %, contre 6 % en continu modéré, à dépense égale par séance ; la respiration mitochondriale a progressé dans les deux groupes, sans différence significative (Vaccari et al., 2020). Population très différente d'un cycliste entraîné, donc à lire comme une tendance. Le vrai atout de la zone 2, c'est qu'elle se tient des heures : elle rend le volume possible. Avis de coach : à 4 ou 5 heures par semaine, garde une part d'intensité ; à 12 heures, la zone 2 fait l'essentiel du travail.

FTP ou puissance critique ? Le FTP pour démarrer. La puissance critique, mesurée sur trois efforts (3, 5 et 12 minutes chez moi), dès que tu veux de la précision, et parce qu'elle te donne W′ en plus.

À quelle fréquence refaire ses zones ? Deux à trois tests par an, toujours avec le même protocole. Entre les deux, ce sont tes records qui ajustent.

Mon test d'effort m'a donné un SV2. Je m'en sers comme seuil ? Non. En moyenne, la puissance critique se trouve environ 21 % plus bas que le SV2 (Galán-Rioja, 2020). Ton SV1, en revanche, est un bon repère pour le haut de ta zone 2.

Mes zones home-trainer valent-elles dehors ? Pas forcément. Sur 4 minutes à fond, l'écart moyen atteint 8 % entre home-trainer et montée (Bouillod, 2017).

En résumé

Une zone de puissance, c'est une frontière physiologique traduite en watts. Les grilles en pourcentage sont un point de départ. Les zones précises s'accrochent à trois mesures : la puissance critique et W′ sur trois efforts, gratuits, pour le haut, la PMA pour le sommet, et LT1 au lactate pour affiner le bas.

Mesure-les sur tes routes d'entraînement. Garde une marge sous la CP. Souviens-toi qu'elles sont prises à frais. Et laisse tes records les faire bouger.

C'est moins joli qu'un tableau à sept couleurs. C'est beaucoup plus juste.


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À propos de l'auteur

Anthony Uldry — coach cyclisme et préparateur à la performance. Master 1 STAPS, directeur sportif, plus de dix ans de compétition dans les jambes. Il entraîne des amateurs ambitieux et des compétiteurs sur route, gravel, cyclo-cross et piste à partir de données mesurées : tests lactate, profil de puissance, suivi de charge. Ligne de conduite — si ce n'est pas sourcé, il le dit. Dernière mise à jour : 11 octobre 2026.

Bibliographie

Zones et profil de puissance

  • Pinot J., Grappe F. (2014). Determination of Maximal Aerobic Power on the field in cycling. Journal of Science and Cycling, 3(1):26-31.
  • Pinot J. Thèse de doctorat, Université de Franche-Comté (EA4660, en convention CIFRE avec l'équipe FDJ), chapitres 4 et 5 et discussion générale.
  • Allen H., Coggan A. Training and Racing with a Power Meter. VeloPress (grille des 7 niveaux de Coggan).

Pourcentages fixes et seuils individuels

  • Iannetta D., Inglis E.C., Mattu A.T., Fontana F.Y., Pogliaghi S., Keir D.A., Murias J.M. (2020). A critical evaluation of current methods for exercise prescription in women and men. Medicine & Science in Sports & Exercise, 52(2):466-473.
  • Meyer T., Gabriel H.H.W., Kindermann W. (1999). Is determination of exercise intensities as percentages of VO2max or HRmax adequate? Medicine & Science in Sports & Exercise, 31(9):1342-1345.
  • Scharhag-Rosenberger F., Meyer T., Gässler N., Faude O., Kindermann W. (2010). Exercise at given percentages of VO2max: heterogeneous metabolic responses between individuals. Journal of Science and Medicine in Sport, 13(1):74-79.
  • Jamnick N.A., Pettitt R.W., Granata C., Pyne D.B., Bishop D.J. (2020). An examination and critique of current methods to determine exercise intensity. Sports Medicine, 50:1729-1756.

FTP et seuil

  • Borszcz F.K., Tramontin A.F., Costa V.P. (2019). Is the functional threshold power interchangeable with the maximal lactate steady state in trained cyclists? International Journal of Sports Physiology and Performance, 14(8):1029-1035.
  • Inglis E.C., Iannetta D., Passfield L., Murias J.M. (2020). Maximal lactate steady state versus the 20-minute functional threshold power test in well-trained individuals: "Watts" the big deal? International Journal of Sports Physiology and Performance, 15(4):541-547.

Lactate

  • Beneke R. (2003). Methodological aspects of maximal lactate steady state: implications for performance testing. European Journal of Applied Physiology, 89:95-99.
  • Jamnick N.A., Botella J., Pyne D.B., Bishop D.J. (2018). Manipulating graded exercise test variables affects the validity of the lactate threshold and V̇O₂peak. PLOS ONE, 13(7):e0199794.

Puissance critique

  • Galán-Rioja M.Á., González-Mohíno F., Poole D.C., González-Ravé J.M. (2020). Relative proximity of critical power and metabolic/ventilatory thresholds: systematic review and meta-analysis. Sports Medicine, 50(10):1771-1783.
  • Jones A.M., Burnley M., Black M.I., Poole D.C., Vanhatalo A. (2019). The maximal metabolic steady state: redefining the 'gold standard'. Physiological Reports, 7(10):e14098.
  • Muniz-Pumares D., Karsten B., Triska C., Glaister M. (2019). Methodological approaches and related challenges associated with the determination of critical power and curvature constant. Journal of Strength & Conditioning Research.

Zone 2 et intensité

  • Storoschuk K.L., Moran-MacDonald A., Gibala M.J., Gurd B.J. (2025). Much ado about zone 2: a narrative review assessing the efficacy of zone 2 training for improving mitochondrial capacity and cardiorespiratory fitness in the general population. Sports Medicine, 55(7):1611-1624.
  • Vaccari et al. (2020). Effects of 3-month high-intensity interval training vs. moderate endurance training and 4-month follow-up on fat metabolism, cardiorespiratory function and mitochondrial respiration in obese adults. European Journal of Applied Physiology, 120(8):1787-1803.

Terrain, fatigue, chaleur

  • Bouillod A., Pinot J., Soenen F., et al., Grappe F. (2017). Dependence of the nature of the pedaling activity on maximal aerobic power in cycling. International Journal of Sports Physiology and Performance, 12(1):44-49.
  • Leo P., Giorgi A., Spragg J., Martinez Gonzalez B., Mujika I. (2022). Impact of prior accumulated work and intensity on power output in elite/international level road cyclists: a pilot study. German Journal of Exercise and Sport Research, 52(4):673-677.
  • Wingo J.E., Lafrenz A.J., Ganio M.S., Edwards G.L., Cureton K.J. (2008). Effect of ambient temperature on cardiovascular drift and maximal oxygen uptake. Medicine & Science in Sports & Exercise, 40(6):1065-1071.

⚕️ Avertissement. Contenu informatif et pédagogique. Il ne remplace pas un avis médical. Un test maximal suppose des prérequis de santé : vois ton médecin avant tout effort à fond.

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